Régions françaises

Le Pays basque constitue l’archétype d’une « région ethnique » fondée sur des critères linguistiques, culturels et même biologiques. C’est d’abord l’usage d’une langue, l’euskara, qui définit la société basque. Les origines de cet isolat conservent leur part de mystère. Cependant, les observations sur les groupes sanguins et les analyses génétiques confirment la singularité basque depuis des millénaires. Au début de notre ère, les premiers textes et la toponymie attribuée aux « Proto-Basques » dessinent un territoire bien plus vaste : ce peuple que César désignait sous le nom d’« Aquitains » contrôlait alors un territoire remontant jusqu’à la Garonne et couvrant les Landes de Gascogne. De nos jours, les Basques demeurent fidèles à beaucoup de valeurs héritées. L’attachement à la maison, sous le toit duquel vivaient naguère ensemble plusieurs générations, reste très marqué. Son style et ses couleurs contribuent à l’esthétique de nombreux villages classés (Aïnoa, Sarre…), toujours agrémentés d’un fronton où rivalisent les joueurs de pelote basque. Les produits du terroir (fromage de brebis, vin d’Irouléguy et piment d’Espelette) consolident l’image d’une terre où il fait bon vivre et où se perpétue l’artisanat (espa-drilles, bâtons de marche…). La pratique religieuse soude encore un peu plus cette société basque, ouverte depuis toujours aux innovations, comme autrefois avec l’introduction du maïs dans la région ou aujourd’hui la pratique du surf sur le littoral. Le Pays basque français jouxte enfin un territoire beaucoup plus peuplé et dynamique, structuré côté ibérique par de grandes villes comme Saint-Sébastien ou Bilbao. Jadis farouchement opposé au pouvoir de Franco, ce Pays basque espagnol a retrouvé l’apaisement à travers la décentralisation et la mise en place de « communautés autonomes ». La région figure parmi les plus dynamiques d’Espagne ; comme à Pampelune, c’est aussi une terre de fêtes et de jeux.




A l’intérieur du Massif central, l’Auvergne figure parmi les régions françaises dont la personnalité est la plus forte. L’identité auvergnate repose d’abord sur un territoire riche de 2600 ans d’histoire. Jusqu’à la conquête romaine, en effet, les Arvernes ont dirigé une puissante confédération de peuples gaulois, entité très présente dans l’inconscient collectif et qui permet aujourd’hui aux habitants de mieux accepter la subordination de l’espace régional à la tutelle lyonnaise. Les paysages et la gastronomie (fromages et plats de terroirs) sont autant de marqueurs de cette identité : ils font la fierté des Auvergnats et le bonheur des visiteurs. De tout temps, l’Auvergne historique (l’équivalent du Puy-de-Dôme, du Cantal et de l’arrondissement de Brioude) a constitué le cœur actif de l’édifice régional : la riche plaine de la Limagne et ses moissons, les coteaux élavériens jadis for-tement peuplés et couverts de vignes, ont assuré une relative prospérité en symbiose avec les montagnes encadrantes et les produits de l’élevage. Portée par la réussite de Michelin, l’agglomération clermontoise continue de s’étendre non sans poser de redoutables problèmes d’aménagement du fait du relief et du classement de la « Chaîne des Puys - Faille de Limagne » au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Le Bourbonnais et le Velay représentent « d’autres façons d’être l’Auvergne » (P. Bonnaud) : comme sur le reste du territoire régional, villages pittoresques, églises romanes et paysages enchanteurs contribuent à une image positive de la région que renforce le marketing territorial autour des fameux « grands espaces ».




Aux confins de la France de l’Ouest, en bon « finisterre » de l’Europe, la Bretagne réalise la synthèse d’ingrédients géographiques et culturels en tous points remarquables. Au premier abord, le mariage de la terre et de la mer constitue une clé de voûte essentielle pour la compréhension de l’édifice régional. L’océan est présent partout, dans l’économie, le mode de vie, l’imaginaire breton ; à la fois synonyme d’aventure et de danger. Pour autant on a souvent surestimé l’importance du partage Armor-Argoat au détriment des neufs « pays » de l’ancien duché de Bretagne représentés par le Gwenn ha Du, le drapeau breton à l’hermine. L’ancienneté du peuplement et le rattachement aux Celtes apparaissent comme d’incontournables ferments d’identité, reléguant au second plan le débat sur les limites géographiques de la Bretagne. Au XXe siècle, la région est apparue comme une terre de transformations de grande envergure. Jadis moqués pour leur pauvreté, brimés par l’école de la République, les Bretons s’engagent dès les années 1930 dans un mouvement de modernisation qui affectera d’abord l’agriculture. La JAC et plus tard le CELIB contribuent à cette métamorphose du territoire. Malgré les marées noires et les algues vertes s’impose l’image d’une Bretagne dynamique, capable à travers de nouvelles activités de compenser le déclin relatif de la pêche. Sportifs bretons et manifestations culturelles (Festival Interceltique, Vieilles Charrues) deviennent les fers de lance d’une région attractive et enviée. Ce renversement s’exprime pleinement à travers diverses formes de villégiature, miroir d’un intérêt croissant de la part des habitants du reste de la France. Si les charmes du littoral (menhirs de Carnac, Vieux Quimper, « Côte de granite rose »…) sont connus de tous, l’intérieur de la Bretagne (Monts d’Arrée, forêt de Paimpont…) se révèle également propice à l’évasion. Aux confins orientaux, l’agglomération rennaise manifeste un dynamisme constant. Stimulée par la déconcentration industrielle, elle a su anticiper les effets de la croissance démographique. C’est désormais l’une des villes universitaires les plus prisées de France.


