
Il aimait la vie, les femmes, les lettres, le bon vin… et il s’est éteint à 49 ans à peine : étonnant non ? Revisiter l’œuvre de Desproges nécessite peut-être d’abord de s’attarder sur l’art des jeux de mots (contrepèteries, palindromes) ou encore les subtiles saillies de nos voisins anglais. Reconnaissons toutefois que, du début des années 1970 à sa disparition en 1988, l’humoriste limousin a su développer un registre absolument unique, dans lequel l’esthétique langagière le dispute à la provocation tous azimuts. Au début de la décennie 1980, sur les ondes de France Inter, le procureur Desproges nourrit chaque jour les réquisitoires ciselés au millimètre de l’émission culte le Tribunal des flagrants délires. Avec la complicité de Claude Villers et de Louis Régo il étrille les invités, sans exception : « Avec nous pas d’innocent, tout le monde il est coupable ». Pas de pitié pour l’académicien Jean d’Ormesson, présenté comme un « guignol vert pomme avec un chapeau à plumes à la con et une épée de panoplie de Zorro » ; pas plus que pour une vieille gloire de Mai 68 « Pauvre Cohn (vous permettez, Daniel, que je vous appelle Cohn) ». A la même période, le visage de Desproges s’impose dans nos téléviseurs avec la Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède. Il se produit ensuite sur scène, fustigeant les chanteurs, les coiffeurs, les chauffeurs de taxi... Il parachève son œuvre dans les Chroniques de la haine ordinaire. Alors que Coluche crée les Restau du Coeur, il songe à ouvrir les « restaurants du foie » afin d’aider ses « amis nouveaux riches qui crèvent dans leur cholestérol en plein hiver à Méribel ». Fidèle à lui-même il déclame encore : « la naïveté grotesque des enfants fait peine à voir [...] l’enfant croit au Père Noël. L’adulte non […] il vote ».

De l’Antiquité gauloise à l’époque actuelle, tout en réfléchissant aux enjeux de demain, le Berry se prête remarquablement à une approche chronologique. Ne dit-on pas que savoir où l’on va implique de savoir d’où l’on vient. De fait, cette vieille province du cœur de la France a connu ses premières heures de gloire plusieurs siècles avant le début de notre ère lorsque les Bituriges ont mis en valeur la région. Et s’ils ont finalement cédé devant les légions de César, les vaincus ont aussi vu leur territoire transformé de manière positive, du moins sous l’angle des infrastructures. À la fin du Moyen Âge, le Berry revient sur le devant de la scène lors de la guerre de Cent Ans. Modernisée par le Duc Jean, la province permet alors à Charles VII, aidé par Jeanne d’Arc et par Jacques Cœur, de contenir l’avancée anglaise, sauvant ainsi le royaume. Ces belles pages d’histoire ont légué un patrimoine monumental (restes antiques très nombreux, hôtels particuliers…) qui s’articulent avec la trace indélébile laissée par George Sand et Alain Fournier. Mais le déclin démographique actuel, conjugué à des activités économiques souvent tributaires de la conjoncture, inquiète les Berrichons. Lorsqu’on les interroge, le balancier des représentations oscille entre des clichés négatifs et l’aveu d’une réelle qualité de vie. Du moins l’organisation territoriale demeure-t-elle très stable : autour de la Champagne et du faisceau Bourges-Châteauroux, des pays plus arborés ou plus humides assurent les indispensables complémentarités économiques. L’avenir reste problématique, notamment quand on songe au risque de démantèlement des services publics et à l’insuffisance de l’offre de soins. Mais l’éloignement des métropoles se traduit aussi par des avantages non négligeables. Parviendra-t-on à développer un marketing territorial aux retombées positives ? En tout état de cause, le bon sens paraît bien exiger le maintien du doublet départemental, non d’appeler à une fusion entre le Cher et l’Indre. A contrario, la logique des réseaux de villes qui, elle, a déjà fait ses preuves (installation de l’INSA à Bourges) mériterait d’être approfondie et dupliquée.


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